« La Providence a joué de manière assez incroyable » : après 6 ans d’existence, 1RCF Belgique tire sa révérence

Par Vincent Delcorps et Clément Laloyaux pour CathoBel
Ce 15 janvier, vers 16h30. Une quinzaine de personnes sont rassemblées à Wavre. Elles ont un verre à la main. Mais elles doivent faire un effort pour sourire. « C’est un temps de gratitude », insiste Jacques Galloy. Créateur et cheville ouvrière de 1RCF Belgique, l’homme est entouré de permanents, de bénévoles, d’administrateurs, d’amis de la radio. Chacun est triste, mais tout le monde tient à exprimer sa reconnaissance. On évoque les défis surmontés, on partage quelques anecdotes. C’est manifeste: l’aventure a été belle.

« Je n’y croyais pas »
Tout commence en 2019. Alors que le DAB+ s’apprête à débarquer en Fédération Wallonie-Bruxelles, des réseaux communautaires, susceptibles d’être écoutés sur tout le territoire, vont être attribués. En apprenant cela, Jacques Galloy, qui préside alors RCF Liège, voit une magnifique opportunité pour faire plus largement entendre l’écho de la Bonne Nouvelle. « Franchement, je ne croyais pas que cela allait marcher, mais, encouragé par les évêques, j’ai quand même préparé un dossier », se souvient l’entrepreneur. En juillet, la bonne nouvelle tombe. Le choix du nom 1RCF Belgique n’est pas anodin. Il va permettre à la radio d’apparaître en premier lieu sur les listes de propositions dans les voitures…
Reste que cette bonne nouvelle constitue aussi un défi d’envergure. Car dès le 4 novembre, la radio doit émettre! Pour ce faire, elle pourra notamment s’appuyer sur la force du réseau RCF et sur la collaboration immédiate de la rédaction de CathoBel.
Un virus devenu une chance
Quelques mois à peine après le démarrage arrive un petit virus. S’apprêtant à paralyser la Terre entière, il va contraindre ses habitants à rester chez eux. « Le Covid, ce fut assez dur, mais ce fut aussi une grande chance pour la radio », relit aujourd’hui Jacques Galloy. Avec les trois locales, 1RCF s’engage dans la campagne « Serrons-nous les coudes » qui permet de créer du lien avec les confinés du royaume. Par ailleurs, chaque jour, dans son studio de Wavre, elle accueille un prêtre qui vient présider la messe. Un signal fort alors que les célébrations sont interdites dans les églises. « Il y avait une vraie attente à ce niveau », constate Jacques Galloy. « Durant cette période, l’audience a fortement augmenté. Et les dons ont afflué. »
Au fil du temps, la grille se structure, s’enrichit, notamment grâce à la contribution de plusieurs bénévoles. « Ce sont vraiment eux qui ont permis à la radio de décoller », souligne-t-il. Le noyau de la radio se constitue, pour sa part, d’une petite équipe de permanents. Certains se révèlent particulièrement fidèles; d’autres ne feront que passer. « C’était une jeune radio et une petite équipe. Inévitablement, il y a eu pas mal de rotation », confirme l’entrepreneur. « Ce n’est pas forcément un mal: je suis fier que nous ayons pu mettre le pied à l’étrier de Sarah Poucet par exemple. Aujourd’hui, elle travaille pour le plus grand podcast de Belgique francophone [Les Clés, La Première]. »
Le défi des dons
Au fil du temps, les audiences se consolident – même si la progression du DAB+ se révèle plus lente que prévu. La radio se nourrit notamment des grands événements. « Un des plus beaux, ce fut les JMJ de Lisbonne, en 2023 », reprend Jacques Galloy. « Un mécène nous avait donné 5.000€ à cette occasion, ce qui nous a permis de partir avec 3 journalistes pour couvrir l’événement. Puis, en 2024, il y eut la visite du pape François en Belgique. Pour notre radio, ce fut le sommet! »
Reste un défi, récurrent: trouver de l’argent. Si les évêques de Belgique soutiennent solidement le projet, leur seul apport ne suffit pas. Inlassablement, Jacques Galloy se démène pour convaincre des donateurs. « Et la Providence a joué de manière assez incroyable, dès le début. » L’homme se souvient des quelques mécènes qui firent des (tout) gros dons. Il rend aussi grâce pour les personnes qui, modestement mais régulièrement, ont assuré la pérennité du projet.
Financier et stratégique
C’est le défi financier qui explique en partie la proche disparition de la radio. L’Eglise doit aujourd’hui réaliser de sérieuses économies. « Et c’est difficile », souligne Olivier Fröhlich, délégué des évêques pour les médias. « Car aujourd’hui, ce n’est plus entre l’essentiel et l’accessoire que nous devons choisir, mais entre des choses qui nous semblent toutes essentielles. »
Reste que la décision est aussi stratégique. La coexistence de quatre radios RCF sur le petit territoire belge francophone ne se justifie sans doute pas – en plus d’être peu lisible. Surtout, les modes de « consommation » des médias connaissent des bouleversements profonds. La diffusion « linéaire » de la radio (et de la télévision!) perd du terrain, singulièrement auprès des jeunes. Les évêques ont décidé de réallouer une partie des moyens de 1RCF à la création d’une offre spécifiquement conçue pour eux. C’est dire si la mission est loin d’être terminée…
Vincent DELCORPS

1RCF Belgique racontée par Elise et Jean
« L’ami bien informé »
Elise Vanesche a rejoint la radio dès sa création. Engagée comme responsable communication et marketing, elle a très vite été au four et au moulin: « Je devais gérer toutes sortes de tâches opérationnelles sur place. Je devais même passer régulièrement à l’antenne. » Pendant six ans, elle s’est efforcée à faire de 1RCF Belgique « l’ami bien informé qui vient vous tenir compagnie chez vous ».
Un souvenir? La visite du pape François en Belgique, notamment le moment où j’ai pu marcher à côté de sa voiture, la vitre baissée. Je voyais les traits d’un homme fatigué, mais qui voulait continuer, aller jusqu’au bout. Un exemple d’engagement.
L’ADN de 1RCF? Là où les médias traditionnels traquent le scoop et le drame, on a choisi d’offrir une respiration, un bol d’air frais et d’espoir. 1RCF Belgique proposait à la fois une vérité journalistique, rigoureuse, mais aussi une vérité plus profonde, intérieure.
Une rencontre? Sœur Catherine, la mère supérieure de l’abbaye Notre-Dame de la Paix, à Chimay. Un témoignage inspirant, d’une vie animée d’amour et de fraternité. J’en avais la gorge nouée.
« Un magnifique réseau de bénévoles »
Passionné de radio depuis ses 10 ans, Jean Lannoy a rejoint 1RCF Belgique en mars 2022 en tant que journaliste multimédia. Il nous évoque ses plus beaux souvenirs radiophoniques.
Un événement marquant? Les JMJ de Lisbonne, ainsi que les JMJ belges à Maredsous. La couverture médiatique fut exigeante d’un point de vue physique, mais pouvoir montrer l’engouement, la passion de tous ces jeunes fut un vrai plaisir.
Un défi? La coordination des bénévoles. 1RCF, c’était une radio atypique, car elle reposait sur un magnifique réseau de bénévoles. Ils réalisaient leurs propres émissions, avec une certaine latitude, puis nous les envoyaient. Avant d’arriver ici, je n’avais pas été formé à ce type de gestion. C’est un fonctionnement très différent des radios qui reposent sur une rédaction. Très vite, je me suis demandé comment amener plus de professionnalisme à 1RCF pour qu’elle ait plus de reconnaissance dans le paysage médiatique.
Une rencontre? Philippe Boxho. C’est le « Pokémon » dont je suis le plus fier d’avoir eu dans mon « Pokédex ».
Clément LALOYAUX
P.S. J’ai eu l’immense joie de collaborer à 1RCF dans le cadre des émissions « Près de chez vous ». D’abord comme responsable du Service de Communication du Vicariat du Brabant wallon, puis comme bénévole dans la région de Verviers. Une équipe formidable, un défi permanent, des rencontres inoubliables, merci, Seigneur, et merci à Jacques de m’avoir entraînée dans cette formidable aventure !